le bonheur d’aller vers soi, l’audace d’être soi, développement personnel

 

 

 

« Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile,

 permettent une alliance avec l’autre

 qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun. » » 

Jacqueline Kelen

 

Souvent quand on parle « d’épouser », instantanément, on pense au mariage avec un tiers.  À un engagement de cœur, de corps et d’esprit, avec une autre personne. On pense rarement à des épousailles, à une union intime avec soi-même …

Et pourtant…

Prendre conscience, s’éveiller à soi, se rencontrer, se découvrir dans sa polyphonie intérieure, dans ses aspérités, dans sa complexité et ses paradoxes comme on explore un nouveau pays, le fait-on vraiment ? Se connaître et se reconnaître. S’épouser, quel beau voyage…

 Tout commence avec soi. Mais avons-nous le mode d’emploi ?

Or si je suis une inconnue pour moi-même qui s’associe à un autre dans le même cas de figure, quid de la relation ?!? Car toutes les relations d’amour, d’amitié, de travail que nous entretenons, seront à l’image de celles que l’on entretient avec soi.

S’aimer soi-même (et bien évidemment, il n’est pas question ici d’un amour nombriliste) diffuse l’amour autour de soi, se maltraiter sème la violence, s’ignorer engendre l’ennui.

S’épouser, se choisir soi, c’est se dire oui.

C’est prendre l’engagement de se choyer avec infiniment de délicatesse, c’est-à-dire respecter sa singularité avec ses creux et ses bosses, accepter son rythme, tenir compte de ses besoins. Mais c’est également, comme le disait si joliment Krishnamurti, briller de sa propre lumière…

C’est à dire rayonner de l’intérieur, sa puissance originelle, sa vérité.

Pour ce faire, nous avons à nous libérer de tous ces voiles qui recouvrent notre vraie nature et font de nous quelqu’un que nous ne sommes pas. Nous avons à nous dégager suffisamment de tous les formatages, diktats et carcans qui pleuvent sur nous depuis l’enfance et conditionnent notre manière d’être au monde et en relation avec les autres. Nous avons à nous dépouiller, nous alléger pour renouer avec cette flamme intérieure qui éclaire en nous un espace infini, intemporel, ou règne cette Essence subtile et secrète…

Joan Baez, cette grande Dame du folk, témoignait ainsi de son parcours « longtemps, je me suis caché derrière des masques, me présentant d’abord comme la Joan fragile et pure, puis comme la Jeanne d’Arc qui sauverait le monde. Depuis j’ai appris à accepter que j’étais à la fois forte et délicate, puritaine et sensuelle, chanteuse engagée et diva capricieuse. »

S’épouser, c’est en effet ouvrir son cœur, envelopper d’amour (et d’humour !) toutes ces facettes de nous, de la plus glorieuse à la moins glamour !

C’est rendre possible le jaillissement de cette lumière intime, unique, qui illuminera notre vie et celle des autres, d’un éclat particulier…

 

 

Un vieux conte hindou qui raconte une belle légende… 

« Il y eut un temps où tous les hommes étaient des Dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité, que Brahmâ, le maître des Dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher dans un endroit impossible à retrouver. Mais où trouver une cachette ?

Lorsque les Dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent d’enterrer la divinité de l’homme au fond de la Terre. Mais Brahmâ répondit : « Non, ça ne suffit pas, car l’homme creusera et la trouvera. » Alors les dieux répliquèrent : « Dans ce cas, jetons la divinité de l’homme dans le plus profond des océans ». Mais Brahmâ répondit à nouveau : « Non, car tôt ou tard, l’homme explorera les profondeurs de tous les océans et il est certain qu’un jour, il la trouvera et la remontera à la surface ». Alors les dieux conclurent : « Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour ». Alors Brahmâ dit : « Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher ».

Depuis ce temps-là, conclut la légende, l’homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé, à la recherche de quelque chose qui se trouve en Lui » …

L’homme dit cette légende s’est tant éloigné de son unité originelle, tant délié de son héritage spirituel qu’il en a perdu jusqu’à la connaissance de l’existence en lui, de cette petite graine de sacré. Petite graine, disent les traditions, qui est la signature de la présence du Divin en chacun…

Alors, si nous avons perdu de vue cette dimension sacrée de l’humain, comment manifester dans le monde notre origine divine ?…

Comment recontacter l’aspect sacré de la Vie si nous avons rompu avec notre cœur ?…

Comment garder confiance en la beauté de l’homme et planter à notre tour, des graines d’amour et de joie autour de nous ?…

 

 

Pour accéder au bonheur dans son essence (quel qu’en soit la forme), nous serons confrontés à une nécessité non-négociable : découvrir qui nous sommes dans la profondeur

Accéder à son essence est un long cheminement, un pèlerinage qu’on entreprend vers le pays de son cœur profond, pour se rencontrer soi, dans toute sa vérité et sa profondeur…

Mais quand on parle de « soi », de quoi parle-t-on au juste ? On parle de deux choses :

  • D’une part ce que j’appelle le Moi des profondeurs, notre véritable identité, notre vérité personnelle qui fait que je suis « moi-même » dans mon authenticité. Moi qui la plupart du temps, n’est pas notre personnalité de tous les jours.

  • Et d’autre part, une autre dimension plus secrète encore, celle de la présence d’un grand Autre à l’intérieur de nous, l’Essence de l’Être, source subtile de l’énergie vitale qui nous pousse vers l’accomplissement harmonieux de notre Totalité. Cette dimension spirituelle à l’intérieur de nous, qui dépasse et englobe le Moi des profondeurs, étant souvent méconnue…

Choisir d’être « soi-même », implique donc un déplacement : passer d’un moi superficiel, d’un personnage social, vers ce Moi des profondeurs, qu’en réalité je connais peu. Ce recentrage nous amène à nous détourner de tout qui nous disperse et nous éloigne de notre centre. Ce choix nous pousse à réorienter notre désir – habituellement focalisé sur l’extérieur – vers l’intériorité et la dimension spirituelle que nous portons, pour nous mettre à l’écoute de cette Voix intérieure, capable bien mieux que nous-mêmes, de nous guider dans notre vie …

Ce changement profond d’attitude exige de lâcher confort, croyances, certitudes, habitudes de contrôle. A nos yeux, c’est une grande prise de risques. (Re)devenir totalement ce Moi des profondeurs, relié à l’Essence de l’Etre demande en effet de s’ouvrir à l’inconnu…

Mais, sommes-nous d’accord, sommes-nous prêts à quitter le « ronron » bien tranquille de notre existence ?

Il est vrai que personne, aucun discours, aucune démonstration ne pourront nous convaincre du profond bonheur que l’on ressent à se découvrir vraiment, à aller vers soi, à se retrouver dans sa profonde beauté et sa dignité…

Il faut en faire soi-même l’expérience…

Alors, une question s’ouvre devant chacun de nous : cette Voie de la transformation intérieure, âpre et néanmoins si féconde est-elle périmée aujourd’hui ? Un peu comme ces longs et lents voyages d’autrefois, à pied, à cheval, ou en bateau, pendant lesquels nous regardions rêveusement défiler les paysages… Moyens de locomotions, désormais remplacés par la voiture, le TGV ou l’avion, moyens plus rapides et plus confortables d’arriver à destination…

Saurons-nous Etre (ou pas), ce voyageur courageux et passionné, qui entreprendra ce patient et prodigieux labeur de transformation, se consacrant ainsi au mystère intérieur de l’Etre ?…

eve bertelle, le bonheur d'aller ver soi

 

On ne peut pas dire que le bonheur n’intéresse personne, en atteste le foisonnement des écrits, depuis au moins l’Antiquité jusqu’à nos jours! Alors pourquoi un élan aussi légitime et communément répandu que celui-ci, reste-il à ce point lettre morte ? …

Montaigne, fin observateur de son époque, disait déjà en son temps « qu’il n’est science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie… ». En effet, il semblerait que soient peu nombreux ceux qui aiment vraiment bien la Vie, leur vie…

Enfant, j’aurais déjà pu confirmer les dires de Montaigne, tant autour de moi je ne voyais pas d’adultes, dont la sagesse et la joie de vivre aurait pu me servir de modèle, de stimulant, de guide. Sans doute cela me marqua-t-il profondément et ancra en moi, une détermination. Je sentais que la vie est bien trop courte pour passer à côté d’elle, se permettre la médiocrité, renoncer à ses rêves, ses aspirations. Je sentais mon âme affamée, et en moi brûler un feu incandescent…

Quel était ce feu intérieur qui me conspuait et attisait en moi frustration et colère ?

Je n’en savais pas grand-chose à l’époque…

Mais j’avais sentis confusément que je ne pourrais pas « mégoter » avec lui, que le bonheur (quel qu’il soit) ne se ferait pas sans lui…

Ce feu intérieur chez chacun de nous est constitutif de notre essence…

Il est une énergie puissante et exigeante, et donc à ce titre, sacré…